CRISE DE L’HÔPITAL : LE CNP DE GÉRIATRIE ALERTE À SON TOUR SUR LA PÉNURIE DE SOIGNANTS À L’HÔPITAL

CRISE DE L’HÔPITAL :

LE CNP DE GÉRIATRIE ALERTE À SON TOUR SUR LA PÉNURIE DE SOIGNANTS À L’HÔPITAL

 

Suite à la parution de l’enquête de la Fédération Hospitalière de France (FHF) sur la situation de ressources humaines dans les établissements en 2022 qui pointe du doigt le manque de soignants dans les hôpitaux en France, la communauté gériatrique réunie au sein du Conseil National Professionnel de Gériatrie (CNPG) tire la sonnette d’alarme sur la pénurie de soignants au sein des service de gériatrie hospitaliers.

« Le recrutement reste une priorité pour les hôpitaux et EHPAD publics dans un contexte de besoins de soins accrus, notamment chez les IDE et pour la nuit » : voici la conclusion de l’enquête nationale parue vendredi et menée FHF.

La catégorie infirmier reste la première priorité en matière de recrutement dans la Fonction Publique Hospitalière (74% des CH, 55% des CHU et 41% des EHPAD). Parmi les secteurs d’activités les plus touchés par les difficultés de recrutement, la gériatrie figure en première place.

 

La gériatrie : le parent pauvre de l’hôpital

 

            « Ce « classement » issu de l’enquête de la FHF et qui serait sans doute peu différent dans le secteur privé solidaire, ne nous surprend pas, dans la mesure où la gériatrie a toujours fait figure de parent pauvre de l’hôpital » réagit Claude Jeandel, Président du CNPG.  « Il est vrai qu’en gériatrie, le ratio médico-soignant n’a jamais été à la hauteur des soins que l’on doit prodiguer au regard des profils des patients gériatriques polypathologiques et en perte d’autonomie. Nous devons donc continuellement faire face à un manque de soignants dans nos services ». Les sous-effectifs en infirmiers et en aides-soignants provoquent d’ailleurs et depuis des semaines la fermeture des lits et parfois même, de services.

Un « lot commun difficile à vivre pour la communauté gériatrique » qui se voit infligée d’une « double peine » depuis la crise du COVID et la désertion des soignants qui a suivi et par les congés estivaux du personnel et des aidants à l’horizon de cet été 2022. La communauté gériatrique » considère que cette situation expose à un défaut d’accès à des soins appropriés pour les patients âgés, qu’ils proviennent de leur domicile ou des EHPAD.

Comment rendre cette discipline attractive si on ne lui donne pas les moyens et si on ne la traite pas sur le même pied d’égalité que les autres spécialités ?   

    

La particularité des patients gériatriques

Les patients accueillis en gériatrie sont de niveaux de sévérité élevés parce qu’ils présentent très fréquemment de nombreuses défaillances d’organes liées à plusieurs maladies chroniques (cardiaques, neurologiques, pulmonaires, rénales, endocriniennes, etc.) aboutissant très souvent à une perte d’autonomie aigue. L’ensemble de ces caractéristiques rend le soin complexe et nécessite l’expertise spécifique des soignants en gériatrie. Ces caractéristiques se reflètent d’ailleurs à travers les données de tarification des séjours faisant des unités court séjour gériatriques un segment dont les recettes sont souvent excédentaires.

Il faut le souligner : « L’arrivée aux urgences d’un patient âgé génère anxiété et casse-tête pour les soignants qui doivent souvent faire face à complexité de soins » explique les gériatres qui « héritent », seuls et en sous-nombre de patients toujours plus nombreux et plus malades.

« On ne prend pas assez en compte la difficulté et la pénibilité de l’exercice des soignants en gériatrie. Là où les ratios en personnel devraient être plus élevés, le nombre de soignants demeure très notablement insuffisant ». Comme le souligne la FHF, les priorités d’embauches ont changé, “Le premier critère de recrutement, c’est l’intérêt du travail, c’est travailler là où on se sent bien dans ce que l’on fait…” : ainsi, si les effectifs sont revus à la hausse, la gériatrie pourra être attractive.

 

Un comble pour une population qui ne cesse d’augmenter : les 65 ans et plus représentent 13,4 millions de personnes en France, soit 20 % de la population et plus d’une personne sur trois aura plus de 60 ans en 2050 (données INSEE).

 

            La solution ? Former et recruter

     « Nous demandons aux pouvoirs publics qu’ils nous donnent enfin les moyens qui nous reviennent » résume Claude Jeandel, « c’est-à-dire, plus concrètement, qu’ils augmentent le personnel en gériatrie en tenant compte des recettes de la tarification ». Cette mesure implique, entre autres, de :

  • Astreindre tous les établissements de santé à fixer des ratios infirmiers (IDE) et aides-soignants) AS supérieur dans toutes les unités de gériatrie
  • reconnaître les spécificités du métier d’infirmière en gériatrie
  • promouvoir la fonction d’assistant de soin en gérontologie et IPAG
  • accroître significativement et rapidement le nombre de postes d’internes en gériatrie.

 

En procédant ainsi, la gériatrie pourra enfin devenir une discipline attractive et contribuer ainsi à faire en sorte que les personnes âgées puissent être soignées avec l’attention qu’elles méritent.

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